Ce bizarre si commun

Publié le par Crystal

Très souvent, ce qu'on aime le moins dans le monde, c'est le bizarre et plus particulièrement les gens bizarres. Tout cela évoque chez nous des sentiments d'angoisse, il nous semble que la situation échappe à la raison, nous ne savons plus comment réagir. Il s'en suit chez beaucoup de gens un mépris, voire une haine de tout ce qui est bizarre, de tout ce qui évoque cet absurde.

Peu de gens prétendront honnêtement être bizarres. Et pourtant que pourraient bien nous faire ces bizarreries si elles ne nous renvoyaient pas à celles que nous portons en nous ? Ces sentiments déstabilisants que nous éprouvons au contact de ceux qui nous semblent étranges, nous les devons à l'empathie que nous éprouvons pour eux, c'est à dire que sans vouloir l'admettre, nous nous reconnaissons en fait en eux.

En réalité il serait étrange qu'un monde peuplé d'individus rationnels produise aussi régulièrement des situations absurdes. Le fait que nous semblions rationnels pour nous-mêmes n'a rien d'étonnant, puisque c'est nous-mêmes qui déterminons ce qui nous semble rationnel. Parallèlement, force nous est de constater que les autres quels qu'ils soient nous semblent toujours au moins un petit peu étranges.

L'expérience humaine prise dans son ensemble semblerait certainement très étrange, et pourtant la raison nous assure qu'elle ne peut pas être réellement contradictoire. Il est probable que le monde ne semble contradictoire que lorsqu'il est perçu sous l'angle de notre rationnalité limitée et subjective, c'est à dire que la contradiction se trouve en réalité en nous.

A tout bien réfléchir, le fait même du sentiment, de l'émotion humaine est en soi une chose assez bizarre, que la raison a du mal à expliquer. Et pourtant ces sentiments absurdes sont des choses nécessaires et salvatrices, car elles nous permettent de changer d'une façon imprévisible et inattendue, et ainsi de transformer le cadre de notre rationnalité d'une façon qu'elle n'aurait pas pu elle-même mettre en oeuvre.

D'une certaine façon, chaque instant qui passe contient quelque chose d'étrange, de nouveau. Vivre est en soi une sensation étrange, lorsqu'on cesse de la regarder comme quelque chose d'habituel. Cette étrangeté de la vie, c'est la tranformation perpetuelle que nous traversons, qui nous entraîne d'un instant à l'autre vers ce que nous ne connaissons pas.

Rejeter cette étrangeté, c'est refuser de changer, c'est vouloir vivre dans un passé qui a cessé d'exister aussitôt qu'il s'est manifesté. Accepter le bizarre, c'est s'ouvrir à tout ce que nous ne connaissons pas, à tout ce qui peut nous délivrer de la prison de nos habitudes.

Publié dans Reflexions

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