Chômeur: une profession d'avenir ?

Publié le par Crystal

Aujourd'hui, le chômage fait peur. Ceux qui en sont victimes sont souvent considérés comme des malheureux dont on a bien de la chance de ne pas faire partie. Et même, pour certaines personnes aux arguments obscurs et rétrogrades, ils seraient à l'origine de la situation douloureuse dans laquelle nous sommes tous.

Pourtant, on mesure mal les aspects positifs du chômage et de l'action des chômeurs. Pour eux, bien sûr, cette situation n'est pas très enrichissante, ni humainement ni professionnellement. Mais pour la société, ils representent une frange de population en recherche d'innovation, de projets d'avenir, ils sont contraints à la mutation professionnelle, ce qui produit une mobilité dans l'économie. Et là où il y a de réelles alternatives au système économique tel qu'on le connaît, on peut être pratiquement certain qu'il y a au départ des chômeurs.

Après tout si on nous dit qu'il n'y a pas de travail pour tout le monde, c'est peut-être que nous devons réenvisager notre façon de travailler. Le monde de la grande entreprise ne laisse pas de place à l'initiative personnelle, donc il est peu vraisemblable que le changement puisse provenir de là. Et pourtant lorsqu'on pense à chercher du travail, c'est souvent par là que l'on commence.

Les chômeurs mériteraient d'être mieux considérés. Et aussi de reçevoir plus de moyens. Il est évident que la plupart d'entre eux ne sont pas dans une situation optimale pour trouver ou créer un travail. Pour des raisons financières, ils se retrouvent souvent obligés de faire des choix à court terme, à lutter pour garder leur tête hors de l'eau. Ils leur manque également un accès plus libre à l'information sur le milieu professionnel dans lequel ils souhaitent travailler. Et bien sûr, c'est une situation moralement éprouvante qui en pousse beaucoup au désespoir, surtout lorsqu'on entend des discours obscurs sur "ceux qui profitent du système".

La sauvegarde de l'emploi necessite un réel investissement de la part des pouvoirs publics et de la société en général. Le travail accompli par les associations de chômeurs est déjà considérable, il est en plein développement, mais les acteurs du milieu seraient certainement plus performants avec un soutien plus généralisé.

Beaucoup de gens ont l'impression que le chômage est un problème qui concerne les autres. C'est pratiquer la politique de l'autruche. Tout d'abord, au point où nous en sommes, peu de gens auront la chance d'avoir un parcours professionel sans passer par la case chômage, et de plus, quoiqu'il en soit, le chômage a un coût social, non seulement en termes d'allocations, mais aussi au niveau du manque à gagner engendré à la fois en matière de production, de consommation et de contribution aux politiques publiques. Le chômage coûte cher, et même si le principal de ces coûts est rejeté sur ceux qui en sont victimes, la spirale de la crise touche tout le monde en fin de compte.

On a l'impression de voir un homme qui frappe à grands coups sa mule épuisée, enragé de ne pas la voir avancer. Pourtant le bon sens impose qu'il vaut mieux avoir une mule épuisée qu'une mule morte. De ce point de vue, beaucoup de discours des authorités semblent brandir le spectre du chômage afin de monter les travailleurs les uns contre les autres et les prendre en otage dans le démantèlement des garanties des conditions de travail.

Un espoir possible résiderait dans le fait de voir des collectifs de chômeurs créer leurs propres emplois, pas dans le but de faire des bénéfices en bourse mais simplement pour travailler et gagner de quoi vivre. Cela exigerait que le chômage soit perçu comme un phénomène social, et pas traité uniquement de façon individuelle comme c'est souvent le cas. Mais malheureusement, les structures existantes sont largement insuffisantes pour encadrer efficacement les usagers, et beaucoup se retrouvent quasiment livrés à eux-mêmes. Quant à l'idée d'un syndicat de chômeurs, elle fait son chemin même si elle paraît encore incongrue pour beaucoup.

Bref, les chômeurs sont des travailleurs, et même, ils fournissent plus que leur lot d'effort. Ceux qui rentrent dans les grilles du système économique peuvent continuer à travailler, mais il est clair que le renouvellement des pratiques économiques trouvera sa source dans le chômage.

Publié dans Economie

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