La vie est une chose étrange

Publié le par Crystal

Qui peut prétendre tout savoir sur la vie ? Il est vrai que de nos jours, la science répond à beaucoup de questions, et que devant cet objectivisme forcené ce qu'il nous reste d'humanité doit souvent s'incliner et dire "c'est ainsi, ainsi soit-il". Et pourtant au moment même où tout semble clair surgit inévitablement le doute éternel de l'indicible.

Car à tout voir de ce point de vue soi-disant extérieur, qui devrait tout saisir sans se mettre lui-même en péril, on oublie souvent que dans cette démarche, on s'affaire à marquer contre son camp. On peut être intelligent du savoir des autres, mais on n'est jamais sage que de sa propre sagesse. Et cette sagesse ne s'acquiert qu'au contact de la vie elle-même, lorsqu'on abandonne les artifices qui nous en protègent.

Vivre est une expérience étrange et merveilleuse, qui aujourd'hui engendre surtout beaucoup d'angoisse. La peur de paraître stupide pousse un grand nombre de gens à abandonner cette activité pour chercher plutôt à "gagner". Gagner quoi, on se le demande, ou plutôt on ne se le demande pas. En réalité, à la fin il ne restera rien de toutes nos victoires et de tous nos succès. Il serait certainement plus profitable d'apprendre à perdre, c'est-à-dire d'apprendre à apprendre.

En arriver là, c'est être voué à la dépression. Mais comment croire que notre fabuleuse intelligence nous donne cette possibilté uniquement à des fins d'autodestruction ? Ce qui détruit les dépressifs, le plus souvent, ce n'est pas ce qu'ils ont en eux --la simple question de la finalité-- mais plutôt l'attitude des autres que cette question dérange. Ceux qui se bercent encore d'illusions ont du mal à accepter qu'on vienne les secouer dans leur rêve.

Et pourtant, lorsqu'on a traversé cette épreuve, on en arrive à bien rire de toutes ces institutions qui nous protègent de nous-mêmes en canalisant la moindre de nos pulsions d'une façon convenue et socialement acceptable. On se rend compte que tous ces standards auquels on s'est tant accrochés ont seulement pour but de nous protéger de la souffrance en nous faisant passer à côté de la vie.

Que ce système bien réglé engendre le nihilisme, cela n'a rien d'étonnant. Quelqu'un qui n'a pas lutté pour la stabilité ne peut pas comprendre sa valeur. Ce que les jeunes reprochent le plus à leurs aînés, c'est d'avoir trop bien travaillé, d'avoir produit du "prêt-à-penser" dont même les plus aventureux ont du mal à s'échapper. En arrivant à les convaincre que nous les aimons, nous ne faisons qu'étouffer la raison même de cette révolte qui pourtant forme l'identité.

Qui voudrait d'une vie déjà vécue ? On ne peut que succomber à la tentation de commettre des erreurs pour engendrer le mouvement vital. Ne pas rencontrer la difficulté, ce serait réellement ne pas vivre, être en dehors de sa propre position subjective d'être ignorant.

Aucun discours ne peut expliquer la vie. Aucune règle ne permet de bien vivre. On ne peut comprendre que lorsqu'on a essayé.

Publié dans Reflexions

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article