Plaidoyer pour l'humanité

Publié le par Crystal

Plus on regarde le monde, et plus il est désepérant. Ce n'est pas qu'il n'y ait pas de progrès -- nous allons toujours plus avant vers de nouvelles conquêtes, des objectifs de plus en plus ambitieux, des situations qui pour nos ancêtres auraient semblé inconcevables. Les défis du XXIeme siècle seront sûrement encore une fois les plus audacieux que l'humanité ait jamais tenté.

Ce qui est choquant dans tout ça, c'est justement de se demander où est passée cette fameuse humanité. Nos tentatives pour éclairer le monde semblent systématiquement être avant tout des moyens de nous justifier les uns par rapport aux autres, de raisonner notre existence qui est pourtant en essence déraisonnable.

Nos forces se retournent contre nous. Plus nous avançons, plus la civilisation devient un instrument affuté, et plus disparaît cette force fabuleuse qui nous avait faits depuis le début: la capacité à assumer notre position, et cela malgré les échecs, voire même l'impossibilté d'aboutir. Ce qui nous rendait humains, c'était cette possibilté de vivre notre propre faiblesse et de la revendiquer face à l'existence, de se donner la force de reconnaître, en nous-mêmes et dans les autres, cette finitude, cette imperfection qui faisait que la vie, même si elle ne semblait pas bonne à vivre, était au moins une occasion de lancer notre défi face à l'absolu de la mort.

Aujourd'hui tout doit être façile. C'est un tabou de reconnaître sa propre faillibilté. A tout le moins on doit trouver une excuse pour sauver la face. Mais derrière, que se passe-t-il ? Nous nous vidons peu à peu de notre substance, nous réprimons nos intuitions par le biais de la raison, nous nous durcissons en faisant taire nos sentiments.

Je ne cherche pas à dire que les choses allaient mieux avant. A aucune époque ces poètes, ces romantiques naïfs qui regrettent que le monde soit une affaire de force et de brutalité, n'ont réussi à trouver leur place dans la grande comédie humaine. Mais tout de même, ils devaient leur salut au fait que personne ne pouvait réellement prétendre tout savoir. Cachés dans les zones d'ombre de la raison, ils étaient malgré tout toujours parvenus à survivre et à faire vivre leur message désespéré.

Aujourd'hui que reste-t-il de leur héritage, de tous ces sentiments inassouvis qui nous permettaient de regarder le monde avec un sentiment de mystère, et de croire, peut-être, qu'il s'y trouvait une place pour les êtres faibles et désemparés que nous sommes ? A l'heure où le jeu se ferme, où nous semblons avoir trouvé la réponse à nos questionnements, tout ce que nous possédons encore d'humain, c'est le désespoir et toujours cette aspiration pour le néant moral qui nous délivrerait de nos angoisses.

Il est nécessaire de réapprendre à croire, de réapprendre à ne pas se défendre vis-à-vis des autres; de parvenir à ne plus chercher cette sombre victoire qui nous amènerait à ne plus souffrir. C'est la découverte de cette souffrance, dans l'autre comme dans nous-mêmes, qui nous permet d'échapper à ce que la vie peut avoir de monstrueux. Se réfugier dans le fatalisme et dans l'abscence de sentiment ne peut que nous mener à notre perte.

Cette lutte, nous ne pouvons en sortir vainqueurs. L'éternité, nous le savons, n'est qu'une métaphore. Mais ne pas tenter le défi de la vie, accepter de se laisser instrumentaliser par le système que nous avons construit, dire adieu à cette croyance peut-être erronée, mais porteuse de toutes les merveilles, comme quoi la vie aurait un sens, ce serait un nihilisme totalement absurde dont nous-mêmes et toutes les générations à venir seraient forcés de subir les conséquences.

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